
Dominique Sirois présente une exposition personnelle à la galerie Nicolas Robert (Montréal), du 28 mai au 11 juillet. Le vernissage est le 28 mai à 18h. Il s’agit du même projet réalisé l’hiver dernier au Centre L’Écart à Rouyn-Noranda. Un récent en céramique, verre et métal.
À l’ère de l’extraction intensive des ressources naturelles, de l’expansion des systèmes computationnels et de l’automatisation des existences, l’exposition La chambre virtuelle de Dominique Sirois explore les mécanismes de contrôle, de captation et de désincarnation propres au capitalisme numérique. Présentée à la Galerie Nicolas Robert, cette nouvelle itération du projet déploie un habitat sculptural dans lequel confluent alchimie, traditions occultes, archéologie informatique et imaginaires spéculatifs afin de réfléchir aux rapports entre les corps, la matière et les machinesS’inspirant de l’univers pictural onirique de Remedios Varo, dont les œuvres fusionnent laboratoire et espace mental, Dominique Sirois bâtit une chambre protectrice, mais instable : un lieu de retrait où persistent l’errance de l’esprit et l’idéation. La conception d’Une chambre à soi, formulée par Virginia Woolf, est ici réactivée comme la nécessité de préserver une zone d’opacité vis-à-vis des logiques de visibilité invasives et permanentes imposées par les technologies de biométrie et de reconnaissance faciale.
Dans cette proposition, l’alchimie se décante en une métaphore critique des transformations de la matière et des modes d’exploitation du vivant. En édifiant des liens entre les savoirs anciens, l’histoire de la chimie et les technologies contemporaines, Sirois examine les répercussions matérielles et symboliques de l’essor des industries numériques. Les œuvres aux reliefs morphologiques et aux motifs sibyllins, réalisées au moyen de manipulations latentes d’assemblage, de façonnage et de moulage, proviennent de gestes laborieux et méticuleux. Modelées dans l’argile, les chimères apparaissent comme des opératrices silencieuses, suspendues entre veille et sommeil. Les pourtours de leurs visages, inspirés des tailles de gemmes, deviennent des surfaces de calcul, des cartographies biométriques, comparables à des modèles que l’IA cherche constamment à perfectionner. Les pièces bi-tridimensionnelles mettent en tension différentes temporalités — vestiges médiévaux, reliques administratives des années 1990-2000 et infrastructures numériques —, établissant ainsi des continuités étranges entre le monde féodal et le data center. Avec La chambre virtuelle, Dominique Sirois construit un univers crépusculaire où persistent les traces de savoirs marginalisés et de récits occultés. L’exposition se présente comme un espace liminal comparable à un laboratoire de survivance et de rêverie où se poser, habiter, somnoler, penser, persévérer et résister à la dissolution de soi.
— Jean-Michel Quirion, commissaire du projet La chambre virtuelle








